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Multiple d'EBITDA : comment choisir celui de votre secteur
Le multiple d'EBITDA se choisit en partant des sociétés cotées et des cessions comparables de votre secteur, puis en l'ajustant à la taille et aux risques propres de votre PME. Voici où trouver les chiffres, comment faire les ajustements et les erreurs qui faussent le résultat.

Le multiple d'EBITDA en deux phrases
Le multiple d'EBITDA est le nombre par lequel on multiplie l'EBITDA d'une société pour obtenir sa valeur d'entreprise. L'EBITDA, c'est le résultat d'exploitation avant amortissements : ce que l'activité dégage avant de payer les investissements passés, les intérêts et l'impôt.
Si une société dégage 1 M€ d'EBITDA et que son secteur se négocie à 6 fois l'EBITDA, elle vaut environ 6 M€, dette comprise. Tout l'enjeu est de savoir si c'est 5, 6 ou 8 pour votre société : un point d'écart sur le multiple déplace la valeur d'une année entière d'EBITDA.
Ce que donne le multiple, et ce qu'il ne donne pas
Le multiple d'EBITDA donne une valeur d'entreprise : la valeur de l'activité, quelle que soit la façon dont elle est financée. Pour obtenir ce qui revient aux associés, la valeur des fonds propres, il faut ensuite retirer la dette nette (dettes financières moins trésorerie).
C'est la première source d'erreur : appliquer le multiple et oublier la dette, ou la retirer deux fois. Le calcul suit toujours le même ordre :
- EBITDA × multiple = valeur d'entreprise ;
- valeur d'entreprise − dette nette = valeur des fonds propres.
Notre guide des 4 méthodes pour valoriser une entreprise replace le multiple parmi les autres approches, DCF compris.
Où trouver le multiple d'EBITDA de votre secteur
Il n'existe pas de grille officielle. Le multiple se reconstruit à partir de deux familles de références, qu'on croise.
Les sociétés cotées du même métier
Les sociétés cotées publient leurs comptes et leur cours de Bourse tous les jours. On en déduit leur multiple : valeur d'entreprise (capitalisation + dette nette) divisée par l'EBITDA. C'est la source la plus fraîche et la plus facile à vérifier.
Sa limite : ces sociétés sont beaucoup plus grandes qu'une PME, plus diversifiées, et leurs actions se vendent en un clic. Leurs multiples sont donc plus élevés que ceux d'une PME du même métier. Le modèle de comparables boursiers calcule ces multiples pour un échantillon de sociétés cotées.
Les cessions de sociétés comparables
Les transactions récentes sur des sociétés du même secteur et de taille voisine sont plus proches de votre situation : ce sont des sociétés non cotées, achetées en entier. Les montants viennent de la presse spécialisée, des bases de données de transactions, des indices publiés sur les cessions de taille moyenne et de votre conseil, qui connaît les opérations de son marché.
Leur limite : peu de chiffres sont publics, ils datent parfois de plusieurs années, et le prix payé inclut souvent des synergies propres à l'acheteur. Le modèle de transactions comparables aide à les classer et à en tirer une fourchette.
Choisir le multiple pas à pas : un exemple chiffré
Prenons les Ateliers Durand, une PME industrielle fictive : 8,2 M€ de chiffre d'affaires, 1,1 M€ d'EBITDA et 0,6 M€ de dette nette. Les échantillons ci-dessous sont fictifs eux aussi ; ils servent à montrer la méthode.
Étape 1 : un échantillon de sociétés cotées
| Société cotée | Multiple VE / EBITDA |
|---|---|
| A | 7,2 |
| B | 8,0 |
| C | 8,6 |
| D | 9,1 |
| E | 12,4 |
La moyenne est de 9,1, mais elle est tirée vers le haut par la société E, qui croît beaucoup plus vite que les autres. On retient la médiane, la valeur du milieu, moins sensible aux cas extrêmes : 8,6.
Étape 2 : appliquer une décote de taille et de liquidité
Une PME non cotée vaut moins qu'un groupe coté du même métier : elle dépend de quelques personnes, de quelques clients, et ses titres se revendent difficilement. On applique donc une décote. Avec une décote de 30 % :
8,6 × (1 − 0,30) = 6,0
Le taux de décote est une affaire de jugement. Il varie selon l'écart de taille et la solidité de la PME ; c'est l'un des points que l'acheteur discutera.
Étape 3 : recouper avec les transactions
| Cession comparable | Multiple VE / EBITDA |
|---|---|
| 1 | 5,5 |
| 2 | 6,0 |
| 3 | 6,4 |
| 4 | 7,0 |
| 5 | 7,8 |
La médiane des transactions est de 6,4. Les deux approches donnent donc une zone de 6,0 à 6,4, dont le milieu est 6,2.
Étape 4 : ajuster aux particularités de la société
Les Ateliers Durand ont des marges dans la moyenne du secteur, mais deux faiblesses : le dirigeant porte seul la relation avec les principaux clients, et le premier client pèse un quart du chiffre d'affaires. On retire 0,3 point :
6,2 − 0,3 = 5,9
Étape 5 : passer à la valeur
| Étape | Calcul | Résultat |
|---|---|---|
| Valeur d'entreprise | 1,1 M€ × 5,9 | 6,5 M€ |
| Dette nette | à déduire | − 0,6 M€ |
| Valeur des fonds propres | 6,5 − 0,6 | 5,9 M€ |
Le multiple ne se présente jamais seul. Avec une fourchette de 4,9 à 7,0, la valeur des fonds propres va de 4,8 M€ (1,1 × 4,9 − 0,6) à 7,1 M€ (1,1 × 7,0 − 0,6). Chaque dixième de multiple vaut ici 110 k€.
Ce qui fait monter ou baisser votre multiple
Deux sociétés du même secteur peuvent se vendre à des multiples très différents. Les acheteurs paient plus cher ce qui rend l'EBITDA futur plus sûr ou plus élevé.
| Critère | Tire le multiple vers le haut | Tire le multiple vers le bas |
|---|---|---|
| Croissance | Supérieure au secteur | Activité stable ou en recul |
| Récurrence | Contrats pluriannuels, abonnements | Commandes ponctuelles |
| Clients | Clientèle diversifiée | Un client au-delà de 20 à 30 % du chiffre d'affaires |
| Équipe | Encadrement autonome | Tout repose sur le dirigeant |
| Marges | Supérieures à celles des concurrents | Inférieures, ou très variables d'une année à l'autre |
| Investissements | Outil récent et entretenu | Machines à renouveler à court terme |
| Taille | EBITDA plus élevé, plus d'acheteurs possibles | Très petite société, peu d'acheteurs |
La taille joue plus qu'on ne le croit : à secteur égal, une société qui dégage 5 M€ d'EBITDA attire plus d'acheteurs, dont des fonds d'investissement, qu'une société qui en dégage 500 k€. Plus d'acheteurs, c'est un multiple plus élevé.
Les erreurs qui faussent le multiple d'EBITDA
- Appliquer le multiple à un EBITDA non retraité. Si le dirigeant se verse un salaire très inférieur ou très supérieur à celui du marché, ou si l'année contient une charge exceptionnelle, l'EBITDA ne reflète pas la rentabilité normale. On le corrige avant d'appliquer le multiple.
- Mélanger les définitions de l'EBITDA. Les sociétés cotées appliquent la norme IFRS 16 : leurs loyers sont sortis de l'EBITDA, qui en est gonflé d'autant. Les comptes d'une PME française incluent les loyers dans les charges. Appliquer un multiple de société cotée à l'EBITDA d'une PME qui loue ses locaux surestime la valeur, sauf à corriger l'un ou l'autre.
- Prendre l'EBITDA d'une année record. Un acheteur raisonne sur un niveau soutenable. Si la dernière année est exceptionnelle, on regarde la moyenne de deux ou trois exercices.
- Comparer un multiple passé à un multiple prévisionnel. Un multiple calculé sur l'EBITDA de l'année écoulée et un multiple calculé sur l'EBITDA attendu l'an prochain ne sont pas comparables. Les deux doivent porter sur la même période.
- Copier le multiple d'une opération médiatisée. Une cession très commentée à 12 fois l'EBITDA intègre souvent des synergies propres à un acheteur, ou une société en forte croissance. Ce n'est pas la norme du secteur.
Croiser le multiple avec un DCF
Le multiple dit ce que le marché paie aujourd'hui pour des sociétés semblables. Il ne dit rien des projets propres à votre société. Le DCF, qui actualise les flux de trésorerie futurs, complète le tableau : si les deux méthodes donnent des fourchettes qui se recoupent, la zone commune est la plus solide pour ouvrir une discussion avec un acheteur.
Bridgesheet fait ce croisement pour vous : à partir du nom ou du SIREN, le site lit les comptes publiés, applique les multiples des sociétés cotées du secteur et un DCF, puis affiche une fourchette expliquée en langage courant. Si les comptes sont confidentiels, vous pouvez saisir vos propres chiffres.
Quel multiple pour votre société ? Lancez une valorisation gratuite à partir de son nom ou de son SIREN, sans créer de compte. Il s'agit d'une estimation, ni d'une évaluation certifiée ni d'un conseil en investissement : pour une cession, faites relire les hypothèses par votre expert-comptable ou votre conseil.

