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Valoriser une entreprise : les 4 méthodes pour une PME

Pour valoriser une entreprise, on croise deux ou trois méthodes et on retient la zone où elles se recoupent. Voici les quatre méthodes utilisées pour une PME, appliquées pas à pas à un exemple chiffré.

Mains d'un artisan qui ponce une pièce dans son atelier
Photo : Coyau · CC BY-SA · Wikimedia

Valoriser une entreprise : de quelle valeur parle-t-on ?

Avant de valoriser une entreprise, il faut savoir quel chiffre on cherche. Deux notions reviennent sans cesse, et les confondre fausse toute la discussion.

  • La valeur d'entreprise : ce que vaut l'outil de travail lui-même (l'activité, les clients, les équipes, les machines), quelle que soit la façon dont il est financé.
  • La valeur des fonds propres : ce qui revient aux associés. C'est la valeur d'entreprise moins la dette nette, c'est-à-dire les dettes financières moins la trésorerie disponible.

Quand un acheteur parle du prix des titres, c'est la valeur des fonds propres qui compte. Une société très endettée peut avoir une belle valeur d'entreprise et des fonds propres qui valent peu.

Pour illustrer chaque méthode, prenons une PME fictive, les Ateliers Durand : 8,2 M€ de chiffre d'affaires, 1,1 M€ d'EBITDA (le résultat d'exploitation avant amortissements) et 0,6 M€ de dette nette.

Méthode 1 : le multiple d'EBITDA du secteur

C'est la méthode la plus utilisée dans les cessions de PME, parce qu'elle parle le même langage que les acheteurs. On applique à l'EBITDA de la société un multiple observé sur des sociétés comparables du même secteur.

Pour les Ateliers Durand, avec un multiple de secteur de 5,9 :

Étape Calcul Résultat
Valeur d'entreprise 1,1 M€ × 5,9 6,5 M€
Dette nette à déduire − 0,6 M€
Valeur des fonds propres 6,5 − 0,6 5,9 M€

Le multiple vient de deux sources : les sociétés cotées du même secteur (comparables boursiers) et les transactions récentes sur des sociétés similaires. Une PME non cotée vaut en général moins qu'un grand groupe coté du même métier : elle est plus petite, plus dépendante de quelques personnes, et ses titres se revendent moins facilement. Le multiple retenu tient compte de cet écart.

La force de la méthode, c'est sa simplicité. Sa limite, c'est qu'elle suppose que la société ressemble à la moyenne de son secteur. Une PME qui croît deux fois plus vite que ses concurrents mérite mieux que le multiple moyen.

Pour aller plus loin, notre modèle de comparables boursiers calcule les multiples d'un échantillon de sociétés cotées.

Méthode 2 : le DCF, la valeur des flux futurs

Le DCF (pour discounted cash flows, flux de trésorerie actualisés) part d'une idée simple : une entreprise vaut l'argent qu'elle va générer à l'avenir, ramené à aujourd'hui.

On procède en trois temps :

  1. Prévoir les flux de trésorerie des cinq prochaines années : l'EBITDA, moins les impôts, les investissements et la hausse du besoin en fonds de roulement.
  2. Les actualiser au coût du capital (le WACC), le rendement qu'attendent les prêteurs et les associés pour le risque pris. Un euro dans cinq ans vaut moins qu'un euro aujourd'hui.
  3. Ajouter une valeur terminale, qui représente tous les flux au-delà de la cinquième année.

Pour les Ateliers Durand, avec un coût du capital de 10,8 %, le DCF donne une valeur des fonds propres entre 4,6 M€ et 6,1 M€ selon les hypothèses de croissance.

Le DCF a un avantage : il oblige à expliciter ses hypothèses. Sa faiblesse est le revers de cette force : un point de coût du capital en plus ou en moins déplace nettement le résultat, et la valeur terminale pèse souvent plus de la moitié du total. C'est pour cela qu'on le présente toujours en fourchette.

Le calculateur de WACC aide à fixer le taux, et le modèle DCF détaille chaque flux, année par année. Pour le détail du calcul, lisez notre guide du calcul du WACC.

Méthode 3 : l'actif net corrigé

La méthode patrimoniale regarde ce que possède la société plutôt que ce qu'elle gagne. On part des capitaux propres du bilan, puis on corrige chaque poste à sa valeur réelle : un entrepôt acheté il y a vingt ans, un stock en partie invendable, une créance douteuse.

Elle convient bien :

  • aux sociétés qui détiennent surtout des actifs (holding, foncière, société immobilière) ;
  • aux entreprises peu rentables, dont la valeur tient à leurs actifs plus qu'à leurs résultats ;
  • comme plancher de discussion : une société rentable vaut rarement moins que son actif net corrigé.

Pour une PME de services ou d'industrie légère comme les Ateliers Durand, elle sous-estime en général la valeur, parce qu'elle ignore la clientèle et le savoir-faire.

Méthode 4 : la méthode de rendement

La méthode de rendement capitalise un résultat récurrent ou les dividendes versés : on divise le bénéfice annuel par un taux de rendement attendu. Un bénéfice de 600 k€ capitalisé à 10 % donne 6 M€.

Elle est simple, mais très sensible au taux choisi et au bénéfice retenu. On la croise surtout avec les autres méthodes, notamment dans les évaluations patrimoniales et fiscales (donation, succession).

Les quatre méthodes en un coup d'œil

Méthode Ce qu'elle mesure Quand l'utiliser Limite principale
Multiple d'EBITDA La valeur selon le marché Cession de PME rentable Suppose une société « moyenne »
DCF Les flux futurs actualisés Société en croissance, plan d'affaires solide Très sensible au taux et à la valeur terminale
Actif net corrigé Ce que possède la société Holding, immobilier, faible rentabilité Ignore la clientèle et le savoir-faire
Rendement Le bénéfice capitalisé Croisement, évaluation patrimoniale Dépend d'un seul taux

Ce qui fait monter ou baisser la valeur d'une PME

À chiffres égaux, deux PME peuvent valoir des montants très différents. Un acheteur regarde de près :

  • la dépendance au dirigeant : si les clients suivent le fondateur, la valeur part avec lui ;
  • la concentration des clients : un client qui pèse 40 % du chiffre d'affaires est un risque ;
  • la récurrence du chiffre d'affaires : contrats pluriannuels, abonnements, clientèle fidèle ;
  • la croissance et les marges, comparées à celles du secteur ;
  • le besoin en fonds de roulement : une société qui immobilise beaucoup de trésorerie dans ses stocks et ses créances vaut moins ;
  • la qualité des comptes : des comptes clairs, réguliers et bien tenus rassurent et accélèrent la négociation.

Une fourchette, pas un chiffre

Aucune méthode ne donne « la » valeur. La bonne pratique consiste à en croiser deux ou trois et à repérer la zone où elles se recoupent.

Pour les Ateliers Durand, le multiple du secteur donne une valeur des fonds propres entre 4,8 M€ et 7,1 M€, et le DCF entre 4,6 M€ et 6,1 M€. Les deux méthodes se recoupent entre 4,8 M€ et 6,1 M€ : c'est la zone la plus solide pour ouvrir une discussion.

Gardez aussi en tête que la valeur n'est pas le prix. Le prix se négocie : il dépend du nombre d'acheteurs intéressés, des synergies qu'ils espèrent, des garanties demandées et du calendrier.

Valoriser votre société en une minute

Bridgesheet applique ces méthodes pour vous. Tapez le nom ou le SIREN de la société : le site va chercher ses comptes publiés et les données de marché de son secteur, puis affiche une fourchette de valeur par DCF et par multiple, expliquée en langage courant. Si les comptes sont confidentiels, vous pouvez saisir vos propres chiffres.

Le résultat à l'écran est gratuit et ne demande pas de compte. Si vous devez présenter le résultat à un associé, un banquier ou un acheteur, le dossier de valorisation réunit un rapport PDF, une présentation PowerPoint et le modèle Excel prérempli.

Combien vaut votre société ? Lancez une valorisation gratuite à partir de son nom ou de son SIREN. Il s'agit d'une estimation, ni d'une évaluation certifiée ni d'un conseil en investissement : pour une transaction, faites relire les hypothèses par votre expert-comptable ou votre conseil.